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Une femme
J'ai vu la mer, toujours aussi belle, Sensuelle, secrète, merveilleuse, Le dos secoué de milles rebelles, Charriant de-ci de-là les veilleuses, Figées, fixées, en son ventre serein, Pour guider le coeur fidèle des marins. Ils sont nombreux à lui monter dessus, A se jeter dans ses bras, sans reçu, Confiants, amoureux, éperdus de vie. Je les ai vus, souriant, mourant d'envie De l'apprivoiser, pour se la garder, Egoïstement, sans la regarder. Elle est, apparemment, éternelle Cette déesse aux milliers de couleurs, Mais, son instinct de fée maternelle Refuse de plonger dans la douleur. C'est pourquoi elle balance toujours Ses ondes joyeuses, au fil des jours, Sans laisser quiconque la possèder, Et la briser, d'un regard obsédé. Quelquefois, lorsque se lève le vent, Elle vient, forte, se mettre au devant Des navires déjà en perdition, Pour leur asséner, selon sa mission, Un seul coup de sa vague mortelle. Apaisée, la crête lumineuse, Dansent ses espoirs sur la dentelle Forgée par les côtes poissonneuses. Son sourire d'un bleu-vert éclatant, Son exultation traversant les temps, Attirent passion, respect et gaieté, Dans le coeur de ceux goûtant ses étés. Au gré des marées, il n'en reste qu'un Accroché à sa houle, mais chacun Emporte avec lui un beau souvenir... Qu'il garde en espérant fort, revenir. J'ai vu la mer, elle est toujours celle Dont je vis le tangage du bonheur Et qui, de jour en jour, m'ensorcelle Davantage, malgré tous les sonneurs. |